Sombrer

La nuit creuse sa galerie dans mes entrailles

et j’y sombre
corps et

Peut-on marcher sur l’amertume
quelques pas sans empreintes
percés par les pointes du silence ?

C’est le corps te dis-je
mille fois replié dans la spirale des voix
humaines

et au centre d’un lac d’eau salée
cette barque sans rameur
ce n’est pas elle qui sombre

*

La nuit n’a pas fini de creuser
je sens l’acide de ses vagues
qui me lèchent

corps et

J’irai jusqu’à la barque
malgré la nappe de silence
sur les eaux salées

ça ou sombrer

Sans le lointain

Il fait nuit et il fait jour
et fasse que les sépare un midi
ou un minuit. J’attends
la fracture de l’aube et le craquement
du crépuscule.

Et pendant que s’ébruite
le vol des papillons
devant la Lune
pendant que transpire
la rumeur grondante
de l’orage

J’attends. L’aveugle a le pied
sûr je le suis dans les méandres
ruisselants d’une forêt
peuplée de mirages.

Autant de fantômes
enracinés dans le néant
oscillants sous la pulsation
des vents. J’attends

La trêve et puis l’orage
Et puis l’orage
avec à la main
la pointe d’une flèche.

Esprits, 2

La nuit est tombée sous mon toit percé d’étoiles. Les esprits s’étaient révélés comme autant de tintements silencieux, avançant à pas lents puis se retirant dans les ombres, sans jamais disparaître tout à fait.

Esprits

J’ai d’abord entendu leurs chants de joie, aussi léger que le bourdonnement des abeilles. Et puis j’ai vu tout à coup des lumières scintiller dans le tremblement des ombres, qui venaient de toutes les directions du ciel.

Parfois

apercevoir une fleur
et ne pas en dire
un mot

L’ombre ou l’exil

J’écrirai les archives du vent

Et
En ce feu entretenu
D’un pas dans l’ombre
J’entre
enfin

Dans l’exil

J’écrirai les archives du vent

Une ombre a jailli
Sans déchirer le voile
Sans
creuser ce sillon
Sans

Effleurer
la terre et ma plaie

J’écrirai les archives du vent

Au nom de mes îles semées
Cachée derrière la porte
fermée

Derrière
la dernière trace
d’écume

Comme une main levée

J’écrirai les archives du vent

Et même la nuit
me déshabillera de ma peau d’encre

accroupie devant le feu
j’irai

Dans le même temps
étincelle
et poussière

étincelle

et poussière

dans l’ombre
qui danse

Méditation

 

Tu as pour nom

colline
sans visage

 

ouverte à la nuit

colline

sans
visage

 

au
bûcher des terres nues

 

tu traverses

ma gangue

 

et
ta langue râpeuse

m’extirpe

 

dans la nuit qui flambe

 

dans la flamme rauque

j’ai cru voir

colline
sans visage

 

tes
yeux

 

auprès des fleuves

esquissés

 

ils psalmodiaient

colline

le long

de
ta voix

 

ébréchée

par le vent

 

sans
visage

le
chant

 

des trembles

et des saules

en sifflant

visage

visage

visage oublié

colline

 

à
ton nord

fuyant

 


*

Paru une première fois sur le blog de Florence Noël, Panta Rei, pour les Vases communicants de mai 2010 et ici dans une mise en forme approximative… (les joies de l’html et de la css qui ne sont pas mon fort).

15 août

Ils avaient jeté leurs lignes dans le vide et, pris dans le tourbillon des traces laissées par la nuit, ils s’étaient endormis. C’est alors qu’ils l’avaient vue, couverte de sang, s’avancer vers eux, le regard éteint. Elle portait dans ses bras un gros poisson dont les écailles réfléchissaient les lueurs qui filtraient du vide. Dans le silence impénétrable qui s’était répandu dernièrement dans cette zone d’absence, ils contemplèrent cette image mouvante sans oser la toucher, jusqu’à la disparition complète du point coloré qui était ce qui restait encore d’elle. Un point, juste un point et puis plus rien. Un jour ils se réveilleraient et il serait temps de comprendre.

Levant

Eaux à toi
déhanchées
contre peau

tu trembles
sous tes ombres
sous le son
glissant
des voix

des voix
désolées en épines

quand j’ai perdu
au creux de toi
le chemin tordu
des os sifflants

tu auras beau
te
replier dans
ta
cage de
de douleur

je souffle
encore
en toi colline
qui craint caresse

cette source
de toi
tranquille
s’écoule

sang
je recueille
mains en coupe

et vibre
dans les voix
ranimées
dans les horizons
changeants

écarte-les
comme un voile
qui cloître ta bouche

ta bouche
incertaine

seule
dans les déhanchements
serpentins
de corps en fuite

fixés là

sans ombre
sans lumière

poussières gisantes
du vent pétrifié

qui porte les voix
entremêlées
à ce qui
te traverse

feu dansant
a saisi mon poing serré

s’insinuent
dans mes yeux
toi
dans ta disparition
drapée de froid

de froid
inhabité

les marques
de brûlure
sur ta peau écrite

tes malédictions
jetées
en ordre oblique

m’attendent
recroquevillées
devant l’est
ardent

la lumière se lève
sur tes ruines
enfant aimé

j’ai craint
ta caresse
et le froid de ta peau
de marbre

Orage

Je te bois
et tu tournes autour de moi
brise folle me fend
brise mes reins

d’une secousse
un tremblement
la fissure d’une goutte de pluie
sur la vitre

quand toi
traversé
par les rais de l’averse
tu me soulèves
d’un regard

Envol

Toi
vibre
météore

dans les couleurs de la mer
au centre des peuples
éteints

enveloppée d’une voile
de lenteur

circule
la sève
survole

encore

poussent tes heures
au ras des vagues

l’ombre des falaises
à tes pieds
s’évapore

à tes pieds
et les mains face au ciel
en éclats

tu reçois
la lumière

miroite
et toi

dans l’étirement de tes fibres

éclore
tu croîs

Ton nom, par Florence Noël

3848565743_ae3524657a1.jpg
(Photo : Florence Noël)

rien n’imprime rien
sur ma paume corrodée
sinon ton nom

je ne te cherche plus
-assez dit l’heure assez –
je ne cherche qu’en lèvres
en glacis de salive
bandées pour l’aube et son parfum de
chute

toi
magnifique élancement des mondes
que mon corset englobe
respiration d’un faune
dans le phrasé d’un phare
tu es cette petite lacune de ma fièvre
mon peu de mort
reçu sans égard

moi
que j’ai vu mourir bercée de feu
trempés à des tempes
mes doigts luire de douceur
avant d’effriter leur caresse
comme on s’ébroue d’un rêve

j’avoue

je ne te cherche plus
pentagramme écrié
quand ma bouche s’éride
dans la déchirure des mouchoirs

à quels signes de mon visage
renoueras-tu l’ombre à
mon nom
– similitude de nos nudités –

l’églantine s’allège de quelques épines
à ma cheville
sa joie d’être trouvée
est
ce que tu m’es pour nom

Florence Noël

***
Et pour lire mon texte sur les pages de Panta Rei, c’est ici.
***
Les autres participants aux Vases communicants de mai 2010:

France Burghelle Rey et Morgan Riet
Anthony Poiraudeau et Loran Bart
Anna de Sandre et Francesco Pittau
Mathilde Roux et Anne-Charlotte Chéron
Michèle Dujardin et Daniel Bourrion
Jean Prod’hom et Arnaud Maïsetti
Christophe Sanchez et le coucou
Antonio A.Casili et Gaby David (english)
Michel Brosseau et Christine Jeanney
Matthieu Duperrex et Pierre Ménard
Joachim Séné et Franck Garot
tiers livre et kill me Sarah
Juliette Mezenc et Ruelles
Cécile Portier et Luc Lamy
Chez Jeanne et MatRo7i
Landry Jutier et notes&parses
Ana jardin sauvage et Piero Cohen-Hadria
Florence Noël et Juliette Zara
Arnaud Maïsetti et Jean Prod’hom
Marianne Jaeglé (Décablog) et Brigetoun (Paumée)

Armes

Ça prend l’intérieur
comme une tour assiégée
qui voudrait contenir les mots tissés d’ombre

je cherche la détente
et l’explosion
je rêve de nuées d’oiseaux défroissant leurs ailes
dans l’antre de démesures qui n’ont pas de noms

j’attire à moi
les ruines
de mes songes repliés

et quand la nuit
me saisit

toute résistance vaine
je rends les armes

cette pointe
fichée
dans la ramure d’un monde sans racines

Ils

Ils s’attroupent
ou
clignotent
à rebours

s’effacent
blancs
sous le monde

ou
s’estompent
vapeur
sur le fil de.

Ils ne
sont pas
nos ombres
ni
nos pas

des lueurs
détachées
dans les nuits
de
nos jours

de nos

nos fantômes.

Hameau, par Jean Prod’hom

Le soleil levé avant l’aube essore le ventre gras de la compostière, Corentin est au bois. À Pra Massin les fenêtres sont grand ouvertes, c’est le printemps, la grande affaire.
Personne dans la maison, les rideaux font le dos rond, caressent en retombant la tablette de la fenêtre, un signe de la main, c’est le cru de la cave qui monte prendre l’air. Mais on respire là-dedans, les braises rougeoient et on devine, enveloppés d’ombres, la veste de Corentin, le linge à mains près de la cheminée, un semainier, l’évier de porcelaine ébréché. La nappe sur la vieille table en bois, quelques fruits, un marron et un gland, des clous sortis du fond des poches. Personne pourtant, les rideaux faseyent, c’est le monde immobile qui appareille.
Dehors, c’est comme dans les livres, mais la terre a le ventre mou, les crocus et les nivéoles sont détrempés. Les mésanges bataillent, les pierres sonnent creux, le ruisseau sort de son lit.
Repousser les mots, ne pas prolonger pour l’instant une intrigue qui n’a pas commencé. Il sera assez tôt lorsque le soleil déclinera d’effeuiller les images, décoller morceau par morceau les lambeaux des récits qui tiennent debout nos vies. Quelques mots devraient suffire à la fin, lorsque l’ombre se sera dérobée, lorsqu’on verra s’éloigner les nuages et le vent, et le dedans aller dehors.
Deux ou trois choses laissées là pour rappeler la légende de mars, comme s’il y eût quelqu’un autrefois, mêlé aujourd’hui aux ombres des noyers sur la pente qui mène au ciel. Avec derrière une autre maison, les volets fermés, dedans une vieille qui a tout laissé dehors, comme si elle allait y retourner.
Mais lorsqu’on lève les yeux pour reprendre à la ligne, plus bas, les yeux n’obéissent plus. Est-ce ainsi ? est-ce bien ainsi ?

Jean Prod’hom

***

Les autres participants aux Vases communicantes d’avril:
Kouki Rossi et Luc Lamy
Pendant le week-end et Ruelles
Jean Prod’hom et Juliette Zara
Marianne Jaeglé et Anthony Poiraudeau
Cécile Portier et Loran Bart
Christophe Sanchez et Murièle Laborde Modély
Christine Jeanney et Kathie Durand
Sarah Cillaire et Anne Colongues
France Burguelle Rey et Eric Dubois
Fleur de bitume et chez Jeanne
Mathilde Rossetti et Lambert Savigneux
Antonio A. Casilli et David Pontille
RV.Jeanney et Jean-Yves Fick
Brigitte Giraud et Dominique Hasselmann
Guillaume Vissac et Juliette Mezenc
Michel Brosseau et Arnaud Maïsetti
Florence Noël et Brigitte Célérier
François Bon et Laurent Margantin
Michèle Dujardin et Olivier Guéry