Le droit d’exister

Ce matin, j’ai le droit d’exister pour moi tout seul. Je prends le droit d’exister (…) Ce n’est plus cette sensation de vide qu’il faut remplir d’actes, de mots, d’oeuvres. Je goûte d’être immobile. J’existe d’avantage de ne rien faire (…) Exister justifie d’exister. C’est bon d’exister. Ça ne doit servir à rien d’exister. On n’est pas obligé de servir à quelque chose. On n’est obligé de servir à rien. On a le droit d’exister d’abord. (…) Jusqu’ici, il m’était incroyable qu’on puisse passer du temps sans rien faire et ne pas le sentir perdu. Le temps n’est pas rempli de ce qu’on y met. Mon temps se remplit par l’attention que je lui porte, par le goût que j’en prends, parce que je le considère, parce que je me considère, parce que je me suis restitué le droit d’exister.

Louis Evely, prêtre. Cité par Lytta Basset dans Paroles matinales, Labor et fides, 2003.

9 réflexions sur « Le droit d’exister »

  1. oh mon dieu comme c’est vrai… comme c’est rare de ne pas se dire ;  » qu’est ce qu’on fait aujourd’hui.. pour ne pas s’ennuyer » retrouver le gout a la paresse , a l’ennui et a la liberté de PENSER… bisous ma belle , aoujourd’hui c’est la grippe qui m’oblige a vivre lentement et a ne rien faire… bonheur intense et finalement souffrance modérée

  2. c’est bien de lire ces paroles, merci à toi
    longtemps j’y suis parvenue
    et un jour je n’ai plus vu les choses de la même façon
    pourquoi, comment ?
    impossible de savoir
    juste essayer de retrouver ce chemin
    comme quoi rien n’est jamais acquis

  3. Captainelili,
    Trop facilement…

    Balmeyer,
    Oui, c’est doux, et douloureux aussi quand on s’aperçoit qu’on se dénie quotidiennement ce droit.

    Quelqu’un,
    Heureusement que de temps en temps une bonne grippe te cloue au lit! ;)

    Christie,
    Beaucoup à dire, sans aucun doute. Mais je me dis que l’idéal serait de n’avoir à en dire et juste d’être là, au monde, présent.

    Frisaplat,
    Tu n’as plus vu les choses de la même façon? Que veux-tu dire par là? Tu as changé d’avis ou tu as perdu cette capacité à te donner le droit d’exister?

  4. Ne plus servir qui que ce soit, ni à quoi que ce soit, ne plus se voir comme un outils, un objet mais comme le sujet de la vie.

    Venant d’un prêtre, c’est révolutionnaire cette parole :-)

  5. Bien sûr je n’étais pas à l’heure
    A l’enterrement du temps qui passe
    Bien sûr j’avais bu tellement
    Que je voyais les heures couchées parmi les branches
    Nul ne savait mon nom
    Sur les pierres il y avait des écritures gothiques
    Nul ne savait mon nom
    Autour de moi
    On disait à voix basse
    « C’est le monsieur qui le connaissait »
    Sérénissime s’impatientait avec nos deux tickets
    Pour un cinéma d’art
    Et d’essai
    J’étais seul à savoir
    Que mon visage était en cendres
    Le jour perdait ses arbres
    Et l’existence attendait dans les odeurs de lys
    De vieux enfants me regardaient
    Des familles me parlaient
    On m’a donné du sable blanc
    Heures et vivants
    Arbres et fleurs
    Ils étaient impeccables
    On m’a donné des branches
    Et puis
    Sous le bois neuf
    Des hommes en noir ont glissé des courroies
    Bien sûr je n’étais pas à l’heure
    Mais je voyais les heures
    Couchées
    Parmi des branches de sapin vert
    Nul ne savait mon nom
    Le jour perdait ses arbres
    On disait à voix basse
    « C’est le monsieur qui le connaissait »
    Sérénissime s’impatientait avec nos deux tickets
    Pour un cinéma d’art
    Et d’essai
    Et quand tout fut fini
    J’ai dit à l’homme en noir
    De graver sur la pierre
    En écriture gothique
    « Ici un inconnu a enterré un inconnu »

    Stan

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