Silence

 J’aime regarder toutes ces choses du dehors qui bougent presque imperceptiblement. Cette herbe qui frémit, légère. Le feuillage de l’arbre lointain au travers duquel filtre la lumière du soir. Les pétales blancs du pommier qui tombent aussi doucement que des flocons de neige. Cette branche qui se balance au rythme d’une musique intime.

Et puis, tout à coup, le temps se fige.

Seule la silhouette d’un oiseau tressaille dans le crépuscule.

*

Sombrer

La nuit creuse sa galerie dans mes entrailles

et j’y sombre
corps et

Peut-on marcher sur l’amertume
quelques pas sans empreintes
percés par les pointes du silence ?

C’est le corps te dis-je
mille fois replié dans la spirale des voix
humaines

et au centre d’un lac d’eau salée
cette barque sans rameur
ce n’est pas elle qui sombre

*

La nuit n’a pas fini de creuser
je sens l’acide de ses vagues
qui me lèchent

corps et

J’irai jusqu’à la barque
malgré la nappe de silence
sur les eaux salées

ça ou sombrer