Cauchemars

Depuis que ma fille marche, je fais régulièrement des cauchemars. Je ne me souviens pas en avoir fait autant depuis sa naissance. Celui de la nuit dernière est parmi les moins terribles. Je suis avec elle dans un lieu que j’ai visité, en écrivant je me rends compte que ce lieu, ce sont des souterrains sous l’église de la Nativité à Bethléem. Est-ce bien là que Saint-Jérôme a rédigé la Vulgate, ou suis-je en train de tout mélanger? Ma fille est attirée par tous les escaliers, monter descendre, monter, descendre. Mais dans le rêve bien sûr elle tombe. Je me souviens de ma frayeur, de ce frisson glacé qui me traverse. Elle est en un seul morceau, le visage tout écorché.
Le plus terrible rêve dont je me souvienne ces dernières semaines. Je suis à l’avant d’une voiture et mon mari conduit. Ma fille est sur mes genoux, pas attachée. J’ai une discussion véhémente avec mon mari dont j’ignore la teneur et l’horreur se produit. Elle tombe par la fenêtre ouverte de ma portière. Il faut le temps que la voiture s’arrête. Je descends comme une furie. Elle est étendue au milieu de la route. Un bus arrive et roule sur son petit corps. Je hurle. Un hurlement s’empare de tout mon corps. Je sens encore cette glace qui me fige dans mon cataclysme.
Un autre rêve, elle tombe du bus dont le chauffeur avait ouvert la porte en roulant. Pourquoi pourquoi? j’interroge le chauffeur.
Une nuit, plusieurs cauchemars se sont succédés au point que j’ai décidé de me réveiller pour faire cesser ce carnage intérieur. En écrivant, l’angoisse de ces rêves m’étreint à nouveau et je suis près de suffoquer. Je suis responsable. Responsable de sa vie. Cette conscience ne s’est fait jour que progressivement au fil du temps. Et maintenant qu’elle part explorer le monde, avec l’énergie de l’obstination et de la persévérance, cela me frappe en plein visage, comme une grande vague salée.

Bosch-Saint-Jérôme
Jérôme Bosch – Saint-Jérôme

Ira Levin, Megan Lindholm

un bonheur insoutenable Un bonheur insoutenable, d’Ira Levin. This perfect day comme titre original, paru en 1969. Un livre de science-fiction (sur Wikipédia, ils disent un roman d’anticipation contre-utopique…), lisible aussi par ceux qui n’aiment pas ce genre et ont oublié que 1984, de George Orwell, ou Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley, devenus des classiques, en font aussi partie.
L’histoire d’un homme qui se révolte dans un monde totalitaire où le bonheur est obligatoire. La vie de chaque être humain, sous camisole chimique, est entièrement gérée et contrôlée par un ordinateur. Même si on y lit peut-être avant tout une critique des dictatures communistes, typique de la période de la Guerre froide, certains aspects sont étrangement visionnaires de ce qui semble se profiler pour nous, contemporains de 2007.
Le suspens est prenant, et la clé du livre est surprenante. A rajouter sur votre pile, donc! ;)

Je viens tout juste de finir Alien Earth de Megan Lindholm (alias Robin Hobb). Il s’agirait de son premier livre de science-fiction, paru en 1992. Je sais bien qu’en 1992 les problèmatiques écologiques majeures auxquelles nous sommes confrontés étaient déjà bien connues (mais peut-être pas par le grand public… enfin en tout cas l’info était déjà tout à fait disponible), mais je trouve quand même ce roman visionnaire. La Terre, rendue inhabitable par l’Homme (franchement cette majuscule… :( ) a été évacuée plusieurs millénaires auparavant. L’espèce humaine, hébergée sur une autre planète, vit sous la coupe réglée d’un « Conservatoire », un pouvoir dictatorial censé faire régner l’harmonie entre les hommes et l’environnement par tous les moyens. Un environnement dans lequel ils ne sont plus que des invités et encore… Pourront-ils un jour retourner chez eux, sur la Terre, le monde qui les a vu naître?
Les personnages ne sont pas aussi aboutis que dans les dernières séries de Robin Hobb, ni le style, mais c’est vraiment un bel hymne à notre belle planète unique…