Cauchemars

Depuis que ma fille marche, je fais régulièrement des cauchemars. Je ne me souviens pas en avoir fait autant depuis sa naissance. Celui de la nuit dernière est parmi les moins terribles. Je suis avec elle dans un lieu que j’ai visité, en écrivant je me rends compte que ce lieu, ce sont des souterrains sous l’église de la Nativité à Bethléem. Est-ce bien là que Saint-Jérôme a rédigé la Vulgate, ou suis-je en train de tout mélanger? Ma fille est attirée par tous les escaliers, monter descendre, monter, descendre. Mais dans le rêve bien sûr elle tombe. Je me souviens de ma frayeur, de ce frisson glacé qui me traverse. Elle est en un seul morceau, le visage tout écorché.
Le plus terrible rêve dont je me souvienne ces dernières semaines. Je suis à l’avant d’une voiture et mon mari conduit. Ma fille est sur mes genoux, pas attachée. J’ai une discussion véhémente avec mon mari dont j’ignore la teneur et l’horreur se produit. Elle tombe par la fenêtre ouverte de ma portière. Il faut le temps que la voiture s’arrête. Je descends comme une furie. Elle est étendue au milieu de la route. Un bus arrive et roule sur son petit corps. Je hurle. Un hurlement s’empare de tout mon corps. Je sens encore cette glace qui me fige dans mon cataclysme.
Un autre rêve, elle tombe du bus dont le chauffeur avait ouvert la porte en roulant. Pourquoi pourquoi? j’interroge le chauffeur.
Une nuit, plusieurs cauchemars se sont succédés au point que j’ai décidé de me réveiller pour faire cesser ce carnage intérieur. En écrivant, l’angoisse de ces rêves m’étreint à nouveau et je suis près de suffoquer. Je suis responsable. Responsable de sa vie. Cette conscience ne s’est fait jour que progressivement au fil du temps. Et maintenant qu’elle part explorer le monde, avec l’énergie de l’obstination et de la persévérance, cela me frappe en plein visage, comme une grande vague salée.

Bosch-Saint-Jérôme
Jérôme Bosch – Saint-Jérôme

9 réflexions sur « Cauchemars »

  1. Ou comment les laisser s’aventurer, pas trop loin, et les couver sans les étouffer, pas trop près… Il en va des chutes comme de certaines peurs, maternelles et archaïques : elles sont inévitables…
    Fais de beaux rêves, maintenant que les mauvaises sont emprisonnés ici…

  2. Archaïques… c’est le mot qui m’est venu aussi. Merci pour ton souhait de beaux rêves. Je ne me souviens pas de ceux de cette nuit.

  3. on dit qu’il n’y a pas meilleure façon d’arriver au bout d’une douleur que d’en parler et en parler encore. c’est fait. bientot , elle ne marchera plus , elle courra; elle ne montera plus les escaliers mais elle les parcourera d’ une volée… et tous ces cauchemeds disparaitront d’eux même mais ce doit être difficile.
    j’ai fait ce type de cauchemerds qd mon ainée a su nager seule… Elle se noyait toutes les nuits… Et pourtant , il fallait bien qu’elle nage…

  4. Moi c’est l’angoisse à semi enfouie de lui lâcher la main pour la confier à quelqu’un d’autre… Hormis quelques rares proches en qui j’ai confiance, à la pensée de la confier ne serait-ce que quelques minutes à quelqu’un d’inconnu me hérisse. L’attirail la logique contre ce premier mouvement, et finalement Mamzelle va à l’école, et aussi à la bébé-gym, et peut-être plus tard ira-t-elle même au centre de loisirs ?
    Certains jours rien n’y fait, et l’angoisse m’opresse.
    Oui, c’est aussi ça, je suppose, être maman.
    Des bises, Apprentie.

  5. C’est quand je lis vos commentaires, si sensibles, que je trouve que les blogs sont une invention géniale. Il suffit de déposer ses mots, ses maux, en même temps discrètement et à la face du monde, pour que d’autres viennent partager un petit peu de vos pensées, de vos rêves (ou de vos cauchemars), de vos journées, juste quand ils le veulent, discrètement et à la face du monde…
    Bises à vous toutes.

  6. Peur…
    présente chaque jour, irrationnelle la plupart du temps, des cauchemars j’en fais aussi, et par périodes ils remplissent mes nuits.
    Avancer malgré tout
    Avancer encore
    Les regarder Vivre
    Chaque instant passé est un instant gagné !

    La peur
    Mais en contrepoint le bonheur intense de les voir s’épanouir un peu chaque jour, et déjà, prendre leur envol !

  7. Je crois que même si on sait qu’on sera responsable de nos enfants, de leur sécurité en particulier et donc de leur vie, le vivre au quotidien, avoir cette peur, rien ne m’y avait réellement préparée.
    Moi aussi je me dit « chaque instant gagné est un instant gagné »! c’est terrible, lol!
    Heureusement, comme tu le dis, le bonheur est là, plus fort que la peur!
    Bises, Picokoa!

  8. Je pense, après avoir lu plusieurs livres sur les rêves ( dont Hélène Renard qui intervient souvent dans psychologies; forums pour en décripter) ; et pour avoir beaucoup rêvé de petits garçons ( c’est souvent mon fils dans mes rêves, mais il a trois ou quatre ans, en réalité, il en a 17 et mesure 1,80m..), de petites filles, que cette fillette dont tu rêves, c’est aussi et d’abord toi.
    C’est toi qui as peur.
    Qui te sens jetée dans ce monde. qui (re)vis des terreurs passées ou présentes.
    Note tes rêves: peu à peu, tu les comprendras mieux, ils t’aideront.
    c’est ce que je fais et petit à petit, je les comprends, je me comprends mieux.
    Peut-être que je te dis des bêtises; c’est ce que j’ai ressenti en te lisant mais c’est à toi de voir: c’est toi la mieux placée pour savoir ce que disent tes rêves.

    Dans mes rêves, maintenant, je protège toujours la petite fille, je la défends, je la soigne: je sais que c’est moi et toutes les petites filles aussi qui ont besoin de soins.
    Ton nouveau blog est vraiment bien, beau, magnifique: il me plait beaucoup.
    Je t’embrasse affectueusement.
    Charlotte

  9. Oh Charlotte! Je viens de découvrir ton commentaire qui avait été malencontreusement filtré comme spam! :(
    Ce que tu me dis me semble très juste. C’est vrai que c’est une lecture de ces rêves que j’avais occultée. Mais comme tu as raison, cette petite fille, c’est aussi moi! Moi qui doit aller jusqu’à elle et la protéger…
    Merci, merci à toi!
    Je t’embrasse aussi avec toute mon affection, et j’espère que tu reviendras souvent me rendre visite…

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