La passante

J’ai oublié d’ouvrir la porte, j’ai oublié l’odeur du café, j’ai oublié la couleur de tes yeux, j’ai oublié de partir, j’ai oublié la lettre de cachet, j’ai oublié que tu m’aimais, j’ai oublié le rebord plissé du ciel, j’ai oublié d’arroser le jardin, j’ai oublié ce qu’il y a derrière l’horizon, j’ai oublié d’avoir peur de l’orage, j’ai oublié l’ennui, j’ai oublié la page 42 et le chapitre 7, j’ai oublié de caresser le chat, j’ai oublié le bruissement du vent dans le feuillage, j’ai oublié de me taire, j’ai oublié la vérité, j’ai oublié le chemin, j’ai oublié la colère, j’ai oublié ton sourire, j’ai oublié les clés, j’ai oublié de fermer la fenêtre, j’ai oublié de mourir, j’ai oublié ce grain de beauté que tu as au coin de l’œil, j’ai oublié où je suis née, j’ai oublié ton nom, j’ai oublié le sommeil, j’ai oublié la chute.

11 réflexions sur « La passante »

  1. Avec ton billet (marquant) encore en tête, je lis ce matin :
    « Je suis le secret enfoui dans l’odeur de l’herbe fraîchement coupée, dans le hououhou du vent s’engouffrant dans la cheminée, dans les cent mille doigts de l’averse de neige… » (la suite se trouve ici http://stephenjourdain.com/ tout en haut de la page
    Ah quel merveilleux écho : je suis dans ce je ne suis pas/dans l’oubli…
    Ce sont des petits instants de grâce.
    Encore merci :-)
    Je t’embrasse.

  2. L…….uc,
    Oui, hein!

    mamansursaplanete,
    Superbe, merci beaucoup. Je vais partager ce texte dans un prochain article.
    Je suis touchée d’avoir contribué à ces petits instants de grâce.
    C’est donc pour cela que l’on écrit? J’ai encore plus envie de persévérer.
    Je t’embrasse aussi!

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