Derelitta

Derelitta - Botticelli

Le balancement des choses devant le mur des oublis aux aspérités concaves usées par la pulpe ravinée des doigts des mémoires perdues au seuil de prairies d’asphodèles où le visage caressé par les hautes herbes les âmes cheminent levant haut leurs pieds sans chair et la brise tiède s’insinue entre les doigts écartés les paumes face à la colline où domine un rocher plat promontoire fusée figée le balancement des choses quand j’ai sauté à pieds joints dans une flaque de larmes elle pleure dans ses cheveux longs silencieuse je la suis pas à pas vers la barque amarrée là-bas assises face à face sur les bancs nous fendons l’eau sans ramer on aperçoit ses yeux avec au fond du paysage le désert rouge de l’est tu veux t’y fondre consumée par la mort d’un autre qui t’appelait par ton prénom dans le jardin un jardinier irreconnaissable l’arpentait avant de disparaître et tu pleures âme corps esseulé dans l’empreinte de ton pied une asphodèle apparaît le vent de vertige n’aura pas raison de toi.

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(Texte initialement paru le 6 novembre chez La Méduse et le Renard dans le cadre des Vases communicants)

Illustration: La derelitta attribué à Botticelli, vers 1495, Rome, Palazzo Pallavicini Rospigliosi, Galleria Aurora.

Descente

Dépêche-toi ils t’attendent en bas tu ne t’appelles pourtant pas Perséphone as-tu goûté à la grenade c’est toi qui nous plonges dans l’hiver tu ne t’appelles pourtant pas Perséphone dénoue les amarres qui retiennent la barque traverse ne traverse pas ce fleuve son eau noire boit ta lumière est-ce ton reflet tu ne t’appelles pourtant pas Perséphone cours on t’attend dépêche-toi c’est toi qui a ouvert la porte avec ces mots gravés que tu connais parlent-ils d’espoir voici l’escalier chaque marche t’arrache un tesson de souvenir tu descends sans fin dans une nuit où nulle lune ne luira plus tu as découvert enfin cette crypte que tu as au cœur ne te manque plus que la clé.

Au centre du cercle

Suspendue par un bras à la légèreté des voix ce point dans mes entrailles me leste repliée suspendue recroquevillée en tournant sur moi-même coup de poing un geste se détend au ralenti les voix restent alignées ou serpentent j’ai perdu le fil sans commencement ni fin les voix restent alignées ou serpentent traces duveteuses à l’œil j’ai lâché le fil pulvérisé cette poussière est là portant mon reflet dans chacun de ses grains en cercles concentriques ricochets se répètent dans la perpétuité toujours suspendue pas le bras j’ai serré le fil dans ma paume refermée.